(inspiré
de "Chimie et physico-chimie des
Polymères"
par M.
Fontanille et Y. Gnanou, Dunod, Paris, 2002)
Qu’est-ce qu’un
polymère ? Il s’agit d’un terme utilisé dès 1866 par Berthelot qui, dans un article publié
dans le Bulletin de la
Société Chimique de France (Paris ?), notait que « le styrolène (le styrène), chauffé
à 200° pendant quelques heures, se transforme en un polymère résineux ». Il désignait ainsi probablement le
premier polymère synthétique reconnu. Mais c’est Hermann Staudinger, dans les années 1920, qui
fut le premier à proposer la notion de polymère dans le sens que nous lui
donnons aujourd'hui. Il obtint le prix Nobel
en 1953 pour ses travaux qui sont à la base de toute la science des
macromolécules. Ce n’est cependant qu'au cours de la décennie suivante que la
théorie "macromoléculaire" a définitivement remplacé la théorie
"micellaire" à laquelle elle était opposée.
De tous temps, les
polymères naturels avaient été
utilisés par l’Homme sous la forme de matériaux ou de fibres textiles. La
rareté de certains d’entre eux avait mobilisé les chercheurs, lesquels étaient
parvenus, dès la fin du 19ème siècle, en transformant chimiquement
des polymères naturels, à générer les polymères
artificiels. Ainsi, ils avaient créé la nitrocellulose (celluloïd, soie
artificielle) pour le remplacement de l'ivoire, de la soie..., ou bien des
matériaux présentant des propriétés nouvelles susceptibles d’engendrer de nouvelles
applications (ébonite par vulcanisation extrême du caoutchouc naturel).
Une étape
importante avait été franchie avec la production industrielle des premiers
polymères synthétiques (Bakélite, caoutchoucs synthétiques). Mais c’est à
partir de la théorie proposée par Staudinger
que leur variété s’est accrue de façon considérable. Il en fut le principal
utilisateur et la plupart des polymères
synthétiques vinyliques utilisés aujourd’hui sont issus de ses travaux.
En 1933, la firme ICI (Imperial Chemical Industries), au
Royaume-Uni, a réussi, pour la première fois, à polymériser l’éthylène et à
obtenir un matériau totalement nouveau quant à ses propriétés : le
polyéthylène "basse densité". Il s’agit d’un polymère d’une
importance extrême, encore produit de nos jours à l’échelle de plusieurs
dizaines de millions de tonnes.
C’est durant cette
même décennie (1938), que W. Carothers
et son équipe de recherche (DuPont de Nemours), ont découvert les polyamides (nylons) et ont montré que la chimie des
polymères pouvait générer des matériaux dont les caractéristiques mécaniques pouvaient
être supérieures à celles des polymères naturels.
Dès la décennie
1940-1950, on avait fait appel aux polymères pour qu’ils soient substitués à nombre
de matériaux traditionnels. Cette opération n’a pas toujours été réalisée avec
le sérieux qu’elle aurait mérité, ce qui a entraîné une réputation de médiocre
qualité des objets fabriqués. Les recherches effectuées dans les laboratoires industriels
et académiques ont conduit à pallier les principaux défauts des polymères, lesquels
sont maintenant utilisés pour les applications les plus sophistiquées et les
domaines les plus avancés de la technologie.
Les jurys du prix
Nobel ont voulu honorer cette science encore jeune, en attribuant les prix de
Chimie ou de Physique à nombre de ses représentants : Staudinger fut le premier récompensé
mais on peut aussi citer Ziegler
et Natta, Flory, la
triade McDiarmid,
Shirakawa, Heeger ainsi que, plus récemment, une
autre triade avec Chauvin, Grubbs et Schrock. Pierre-Gilles de Gennes a aussi été honoré par le jury
du prix Nobel ; les polymères n’ont été que l’un de ses centres d’intérêt
mais son nom est connu de tous les scientifiques pour ses théories dans le
domaine de la science des polymères.
En raison de son
importance économique, l’industrie des polymères a généré une multitude de
travaux de recherche et stimulé, en amont, une recherche académique de grande
qualité. Celle-ci est fortement soutenue par les milieux industriels qui ont su
avantageusement valoriser la recherche de base.
L’universalité des
polymères est maintenant bien établie. Ils sont présents dans tous les domaines
de la production industrielle en tant que matériaux de structure ou additifs et
sont incontournables. L’amélioration de leurs propriétés a progressivement
effacé leur mauvaise réputation et, à l’heure actuelle, on peut considérer qu’« Il n'y a pas de mauvais polymères, on
n'en connaît que de mauvaises applications ».
Dans le tableau ci-après,
quelques dates majeures qui ont marqué les étapes importantes de cette science
jeune, en plein développement.
Etapes importantes de l'histoire
des polymères
|
1838 : A. Payen identifie un composé de formule
(C6H10O5)n qu’il a extrait du
bois et auquel il donne le nom de cellulose.
|
|
1844 : Ch. Goodyear réalise la vulcanisation du
caoutchouc naturel au moyen du soufre.
|
|
1846 : C. Schonbein prépare le premier polymère
« artificiel », la nitrocellulose, par estérification de la
cellulose au moyen d’un mélange sulfo-nitrique.
|
|
1866 : découverte du polystyrène par M. Berthelot.
|
|
1883 : la "soie artificielle" est obtenue par H. de Chardonnet, par filage d'une solution
concentrée de nitrocellulose.
|
|
1907 : premiers caoutchoucs synthétiques par polymérisation de diènes
conjugués, par A. Hofmann.
|
|
1910 : industrialisation du procédé de production du premier polymère
synthétique, par L. Baekeland ;
les résines phénol-formol sont produits sous le nom de "bakélite".
|
|
1919 : H. Staudinger propose
sa théorie macromoléculaire, ouvrant ainsi la voie à la science et à la
technologie des polymères.
|
|
1925 : confirmation de la théorie macromoléculaire par Th. Svedberg ; il réussit à mesurer
la masse molaire d’un polymère, par ultracentrifugation.
|
|
1928 : K. Meyer et
H. Mark établissent le
lien entre structure moléculaire et structure cristallographique des
polymères.
|
|
1933 : polymérisation radicalaire de l'éthylène sous haute pression, par
E. Fawcett et R. Gibson (I.C.I.).
|
|
1938 : premiers polyamides synthétiques ("nylons") par W. Carothers (Du Pont
de Nemours).
|
|
1942 : P. Flory et
M. Huggins proposent la
première théorie sur le comportement des polymères en solution.
|
|
1943 : la famille des polyuréthanes est découverte par O. Bayer.
|
|
1947 : T. Alfrey et C. Price proposent la théorie de la
copolymérisation en chaîne.
|
|
1953 : F. Crick et
J. Watson (Prix Nobel de
médecine 1962) proposent la structure en double hélice de l'ADN.
|
|
1953 : K. Ziegler
polymérise l'éthylène sous basse pression.
|
|
1954 : G. Natta découvre
le polypropène isotactique.
|
|
1955 : établissement d’une relation entre le temps de relaxation des
chaînes et l'écart à la température de transition vitreuse par M. Williams, R. Landel et J. Ferry.
|
|
1956 : découverte de la polymérisation « vivante » par M. Szwarc.
|
|
1957 : premiers monocristaux polymères obtenus par A. Keller.
|
|
1959 : mise au point de la chromatographie d'exclusion stérique par J. Moore.
|
|
1960 : Découverte des élastomères thermoplastiques à partir des
copolymères à blocs.
|
|
1970-1980 : formulation des
lois d'échelle et notion de reptation des chaînes polymères à l'état fondu,
par P-G. de Gennes.
|
|
1974 : Développement des polyamides aromatiques par la firme Du Pont de
Nemours.
|
|
1980 : W. Kaminsky et
H. Sinn utilisent la
combinaison aluminoxanes/métallocènes, pour la polymérisation des oléfines.
|
|
1982 : T. Otsu
introduit la notion de contrôle de la polymérisation radicalaire.
|
|
1986 : les premiers dendrimères sont synthétisés par D. Tomalia.
|
|
1994 : la polymérisation radicalaire contrôlée par transfert d’atome,
une méthode mise au point par M. Sawamoto
et K Matyjaszewski
|
|
2000 : H. Shirakawa,
A.J. Heeger et
A.G. McDiarmid obtiennent
le Prix Nobel de Chimie pour leurs travaux sur les polymères conducteurs
intrinsèques.
|
|
2005 : Prix Nobel de Chimie pour Y. Chauvin, R. Grubbs
et R. Schrock, pour leurs
travaux sur la réaction de métathèse et son application aux polymères.
|